Jours après jours l’été s’effeuille,
Guète mes sandales d’un mauvais œil.
Bientôt l’automne fera le deuil
D’une saison pleine d’orgueil.
Orgueil du luxe du bronzage,
Orgueil du vacancier qui nage,
Orgueil du plaisancier au large,
Orgueil du chéquier sur la plage,
Achats de glaces aux parfums sages,
Cornets d’amour aux coquillages.
Sur un maillot signé Gaulthier,
Cornet s’écrase comme une fusée
Qui de l’orbite a perdu pieds.
Jours après jours l’automne s’effeuille,
Guète mon foulard d’un mauvais œil :
« Couvre-toi plus, pauvre ahurit,
Vient la saison du grand mépris ! »,
Mépris du pauvre qui a froid,
Mépris du frère sans repas,
Mépris de l’enfant sans Noël,
Mépris des poches les moins belles,
Vides de moyens ou bien trouées,
Poches fauchées frigorifiées.
Vieux pantalon de chez Tati
Vient déplorer sur une péniche
Les bretonnades de Bercy.
Jours après jours nos vies s’effeuillent,
Guettent nos cœurs d’un mauvais œil.
Bientôt la mort fera le deuil
Des destinées férues d’orgueil.