été 1997
LIEU :
L’océan, le ciel, l’univers
EPOQUE :
Un futur proche puis des milliers d’année plus tard
PERSONNAGES
Clément ( indulgent, être empreint de douceur )
La Terre
Mercure
Lecteurs, chanteurs, musiciens
ACCESSOIRES :
Draps blancs, noirs, verts, bleus, rouges, jaunes, oranges
Plusieurs cartons d’assez grande taille
Bâtons de marche
Etoiles, planètes, et ballons fluorescents
PETITS PLUS
Echanges, débat avec le public sur la vie et l’avenir de la planète à la fin de la représentation
Aboutir à une conclusion optimiste et réaliste : au mieux c’est tout va bien et au pire tout ne va pas si mal
L’essentiel étant de poursuivre notre marche à la surface du globe avec sagesse cœur et raison
___________________________________________________________________________
Intro
Sur l’océan de la vie, un jeune homme en détresse. Son visage marqué par l’effort laisse apparaître l’image d’un vécu tumultueux. Son regard, que l’on devine profond et rodé, transcrit une passion de la vie qui n’a d’égal que sa persévérance à franchir coûte que coûte chacun des caps de l’existence. Vingt ans plus tôt, il quittait le continent fœtal, il est proche aujourd’hui de l’état de poussières. Passant par-dessus et par-dessous des vagues en furie, il semble couler mais résiste et refait surface. Il lutte vaillamment face aux vents impétueux qui agressent sans cesse son frêle canot gris-métallisé. Les moments fort de son aventure idyllique avec Dame Nature sont loin déjà. L’heure est aux écueils à éviter, aux déboires à avaler. L’orage gronde, cent éclairs sombrent dans des eaux troubles et hantées. Une ultime lame de fond vient trancher le courage de l’adolescent gémissant de désespoir. Effrayé, transi de douleur, il crie la mort. Imaginez la Terre libérée de ses milliards d’occupants. La Paix éternelle ? D’abord convalescente, elle retrouve progressivement sa fringante mine d’antan.
___________________________________________________________________________
Mercure - Tu sembles avoir regagné de ta splendeur.
La Terre – Sans doute, me voilà bien soulagée
Mercure - De quel mal souffrais-tu exactement ?
La Terre – Il y a eu la vie sur moi…
Mercure – Et alors, n’était-ce pas extraordinaire ?
La Terre – Euuuuuh, disons que ça allait au début. Des vivants, petits et grands, nageant, rampant, volant ou marchant.
Mercure – Rien de bien méchant
La Terre – Oui, jusqu’au jour où certains d’entres eux commencèrent à jouer avec mes pierres et mon feu… Ils ont créé des œuvres et des outils avec mon bois et mes minéraux. Ils essayaient, me semble-t-il, de copier ma joliesse.
Mercure – Jusque là tu n’as pas trop à te plaindre
La Terre – Certes, mais ils étaient aussi cruels : entre eux et surtout avec mes animaux, envers mes arbres et mes fleurs. Vraiment, j’ai eu tort de les laisser se servir si goulûment !
Mercure – N’était-ce pas tout naturel de ta part ?
La Terre – Naturel, c’est cela, oui. A vrai dire, je n’avais pas à être agressive avec ceux que j’avais accueillis. Je voulais tout bonnement les rendre heureux.
Mercure – Peut-être ne t’ont-ils pas comprise…
La Terre – Qu’avaient-ils donc à comprendre ? Parbleu ! J’étais une planète bienveillante qui leur donnait de quoi vivre. J’étais généreuse mais rien ne leur suffisait. Ils voulaient toujours plus, aller plus loin et plus vite sans même se demander si leur tas de désirs faisait ou non désordre. Certains ont voyagé jusque dans l’espace pour y déverser d’innombrables objets.
Mercure – Merci de me le rappeler, ma chère Orange Bleue, j’en ai moi-même aperçu plus d’un ! Mais, au fait, à quoi aspiraient-ils ?
La Terre – A trop de choses, indiscutablement. A tout ce qu’ils n’avaient pas dans les mêmes proportions que leurs voisins.
Mercure – Ne pouvaient-ils pas vivre pleinement en se contentant de peu ? Vivre, n’est-ce pas avant tout sentir battre son cœur ?
La Terre – A qui le dis-tu ? Seulement tout n’était pas si évident. Même si j’essayais de tout gérer parfaitement, la tâche était difficile à assumer. Je m’étais lancée dans une vaste entreprise en les recevant sur ma surface qu’ils ont souillée sans ménagement. Ils ne m’ont pas beaucoup soutenue, ils n’étaient pas assez nombreux à me respecter. La plupart dénonçait mes erreurs tandis que je supportais péniblement leurs méga-erreurs !
Mercure – Que te reprochaient-ils ?
La Terre – Mes intempéries, mes maladresses génétiques… certains m’ont même accusée d’avoir créé des individus décadents ! J’ai connu d’horribles déprimes à force d’entendre ces injures.
Mercure – Pauvre Mère incomprise ! N’as-tu pas osé leur adresser de sévères mercuriales ?
La Terre – Bien sûr que si, j’ai frappé à contre-cœur. Cela n’est pas dans ma nature, tu le sais. Je n’ai ni ton autorité, ni ta quiétude. Toi tu refuses la vie sur ton sol et bénéficie d’une paix royale. Cependant, tu ne goûteras jamais au plaisir de rendre des vivants heureux.
Mercure – Ni malheureux, d’ailleurs…
La Terre – Je n’étais pas responsable de leurs pires maux. Je ne pouvais rien contre leurs barbaries et leur goinfrerie. Ma principale erreur a été d’avoir surestimé ma force de séduction. Je pensais conquérir leurs cœurs sans exception. Or, peu m’ont regardée attentivement. Nombreux sont ceux qui ont cherché d’autres repères et tous ne les ont pas trouvés.
Mercure – tu n’as pas créé leurs malheurs, alors ?
La Terre – Non, te dis-je. Cependant, mon erreur fatale aura été ma perfection. Ils m’ont tant jalousée qu’ils ne voyaient finalement le monde qu’ à travers un idéal arbitraire de beauté, de force et de supériorité. Comme tous portaient un regard différent sur la réalité, peu d’individus voulaient entendre mille et une parts de vérité sortir des bouches d’ autres individus. Souvent ils avaient un manque inouï de mots pour négocier intelligemment des accords. Pacifiquement. Ils préféraient démontrer leurs faiblesses en se donnant de violents coups, parfois bravant la mort sous l’ordre du commandement …Ils agissaient aveuglément au nom de dieu ou de quelques irresponsables chefs d’état. Bien des croisades d’intoxication spirituelle sont sorties décrépites de leurs combats empreints d’intolérance…
Mercure- ton discours me trouble. On ne se connaît peu finalement. J’ai eu l’occasion de parler de toi avec Pluton et Saturne et nous étions loin d’imaginer à quel point la vie n’était pas un réel cadeau pour toi. Poursuis, s’il te plaît. Parle-moi encore des terriens.
La Terre- Que puis-je dire de plus ? Un conditionnement à l’extrême de l’âme des vivants a été mis en place au vingtième de leur siècle : il a été installé dans leur logis un miroir du monde sur lequel défilait ce que l’on voulait bien leur faire voir. Au début, ce furent des images réelles en noir et blanc. Ensuite, apparurent les fictions et les couleurs pour davantage les faire languir devant des idéaux imaginaires. Comble de l’horreur, surgit l’ère du virtuel. C’était à l’orée du troisième millénaire et c’est peu après à cette sordide innovation qu’ils n’ont pas su consommer avec modération, qu’ils ont définitivement perdu les cinq sens de la réalité (…)